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Le Courrier de l'Atlas

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MARS 2008
Mensuel

GENEVIEVECHAUVEL

"Aïcha était une féministe avant l'heure"

L'écrivain et journaliste consacre une biographie romancée à Aïcha, la bien-aimée du prophète.

Pourquoi avoir choisi de romancer la vie d'Aïcha ?

Ce qui m'intéressait, c'était de remonter aux sources de l'islam, des premières révélations jusqu'à la mort du prophète, sans faire pour autant une biographie de plus de Mohammed, je me suis donc penchée sur les rôles qu'ont tenues les femmes qui l'entouraient. Il y a bien sûr eu Khadija, sa première épouse. Elle l'a soutenu et encouragé dans sa foi. Mais elle est morte avant la hijra, le voyage à Médine. C'est elle qui l'a convaincu qu'il était le prophète annoncé par les écritures, aussi bien juives que chrétiennes.

Puis il y eu Aïcha, la fille de son ami Abu Bakr, qu'il demande en mariage lorsqu'elle a 6 ans et qu'il épouse à sa puberté. J'y ai vu un destin incroyable, celui d'une petite fille à l'intelligence hors du commun, qui allait devenir la bien-aimée du prophète de 622 à 632, les dix années de Médine et qui, après la mort de ce dernier, deviendra une savante. Elle aidera son père à collecter tous les versets du Coran qu'elle connaissait par coeur, les vérifiant grâce à sa mémoire infaillible. Elle deviendra une grande spécialiste du hadith, paroles du prophète. Elle laissera elle-même pas moins de 2 210 hadiths. Je pense que c'est la femme qui en a laissé le plus.

Selon les textes, elle est choisie par Dieu pour le prophète, elle assiste aux révélations, il y a une certaine sacralité autour du personnage...Elle est devenue l'héritière du message, sa mémoire vivante. Elle était la référence. On venait la consulter de tous les pays, on lui soumettait des problèmes d'interprétation ou des questionnements sur tel ou tel verset. Elle a rapporté également beaucoup de témoignages sur la vie du prophète, sur ses enseignements, ses réactions. Après sa mort, on n'a plus vraiment parlé d'Aïcha, c'est une des raisons qui m'ont fait m'intéresser à son destin. Pour moi, elle représente un peu la femme musulmane; elle était le témoin de ce que le prophète a dit pour les femmes, comment il les traitait, de sa douceur et de son respect envers elles, du statut qu'elles n'avaient pas car avant lui elles n'étaient rien, et de celui qu'il leur a donné : les droits d'héritage, le droit à une pension en cas de divorce, le droit à l'instruction, mais aussi le droit au respect des hommes. Connaissant les préjugés qu'on peut avoir dans les sociétés occidentales à l'égard de l'islam et des femmes, j'ai eu à coeur de mettre en lumière cette attitude du prophète qui était révolutionnaire pour son époque et qui aujourd'hui encore n'est pas tout à fait respectée.

En quoi Aïcha faisait-elle figure de féministe avant l'heure ?

Elle était devenue une spécialiste de la jurisprudence féminine et, toute sa vie, elle a défendu les femmes, s'élevant contre les mariages forcés, contraires aux préceptes de l'islam tels que rapportés par son époux. C'était donc une féministe à sa façon, elle s'est battue pour le droit de ses contemporaines.

Propos recueillis
par Yasrine Mouaatarif

"Aïcha, la bien aimée du prophète", de Genevieve Chauvel
Preface Dr Djelloul Seddiki

Ed. Télémaque, 19,90 euros

Lire l'article en édition originale.

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